5 au 15 juillet 2021 - Transtaïga et crevaisons!
- Vanessa Millette
- Aug 11, 2021
- 5 min read
Au moment de notre départ, nous sautions de joie de retrouver ce sentiment de liberté que nous offre les road trips. L'objectif de cette excursion : faire la Transtaïga, la route la plus éloignée de l'Amérique du Nord. Nous ne savions pas que se serait aussi périlleux!

Notre premier arrêt fut au Camping Camille-Roy dans le Parc de la Vérendrye. Après une bonne nuit de sommeil, nous reprîmes le volant vers Matagami (point de départ de la route Billy-Diamond). Pour nous y rendre, nous empruntâmes le chemin forestier 1055. Malencontreusement, une route barrée sans possibilité de détour freina notre enthousiasme. Après un savant calcul mathématique, nous estimâmes que nous avions tout juste assez d'essence pour rebrousser chemin et nous rendre à Lebel-sur-Quévillon en quête d'une solution. Un sympathique Monsieur dessina une carte approximative des chemins forestiers à prendre pour contourner la route barrée. Bien que ses indications étaient très précises, nous réussîmes à nous perdre ! La vie étant bien faite, un camionneur, stationné pour couper le feuillage cachant une borne kilométrique, nous donna de nouvelles directives, sans manquer de rire de nous quelque peu! Il fut le personnage le plus souriant que nous ayons rencontré durant notre voyage!
Enfin rendu à quelques kilomètres de Matagami, nous nous installâmes dans une fosse de sable, en bordure de route, pour y passer la nuit. Le crépuscule, qui se pointa le bout du nez à 22h30, nous fit prendre conscience des centaines de kilomètres déjà parcourus. Les traces de pattes d'ours, toujours fraîches dans le sable, nous rappelèrent quant à elles, que nous étions en milieu sauvage.
La nuit se passa sans anicroche. Excité d'être sur la Transtaïga, nous primes la route assez tôt en matinée. Notre premier arrêt fut à la Rivière Rupert. Un court sentier traversant une forêt spectaculaire nous amena à un point de vue à couper le souffle sur les rapides. Les parulines à tête cendrée tournoyaient au dessus de nos têtes tandis qu'on entendait les bruants à gorge blanche en arrière plan.
130 kilomètres plus loin, nous tournions à droite sur la fameuse Transtaïga. Les lacs s'enchaînaient les uns après les autres tandis que Dominique les regardait, envieux d'y pêcher. Mais le temps nous rattrapait. Maintenant 21h00, il devenait impératif de trouver un endroit sécuritaire pour dormir. Nous arrêtâmes au Kilomètre 56 à l'Halte du Lac Sakami. Contents d'avoir trouvé un terrain où dormir ayant des toilettes sèches et une table de pique nique, nous fîmes la rencontre du couple le plus altruiste. Monsieur M. et Madame J. nous saluèrent fièrement en descendant de leur roulotte. Quelques secondes seulement s'écoulèrent avant que Monsieur M. nous donne un coup de main pour monter notre tente et que ces bonnes gens nous aident à transporter une table de pique nique jusqu'à notre terrain. Mais leur bonté était loin de s'être épuisée car nous surprirent Monsieur M. à remplir notre foyer de leur bois, coupé à la sueur de son front. Vers 23h00, les "bonne nuit" se firent entendre. Un nuit froide (0°C) et humide nous attendait.
Pendant que Dominique préparait notre essentiel café matinal, Monsieur M. vint nous voir
avec une proposition des plus étonnantes. Il nous offrit son 4 roues pour nous rendre à un bon endroit de pêche à quelques kilomètres de notre emplacement. Décontenancé par autant de générosité, nous acceptâmes avec enthousiasme. Mais, avant de partir en sentier hors-route, Monsieur M. nous fit une démonstration de vol de drone. Comme tout le monde, nous avons vu des vidéos ou des images prisent par ces machines, mais jamais nous en avions vu un voler. C'est donc avec beaucoup d'intérêt que nous regardions le petit engin prendre de l'altitude et nous révéler les beautés de la Taïga. Fidel à lui-même, Monsieur M. nous proposa de nous donner la vidéo du vol. Finalement, la pêche se révéla infructueuse mais une magnifique Tétras d'Amérique et ses poussins se laissèrent prendre en photo. Nous quittâmes l'halte routière en début d'après-midi avec la promesse de repasser les saluer lors de notre retour. Nous ne savions pas encore qu'il nous serait impossible d'honorer notre parole...
Le jour d'après fut neutre. Un de ces jours où l'on se lève et qu'on se sent morose. Dominique pêcha pratiquement dans tous les lacs que nous ayons rencontrés, sans succès. 5 fois de suite, il perdit ses prises et son leurre porte-bonheur. Découragés, un campement abandonné d'Hydro-Québec nous remonta le moral quelque peu. Armés de gants, de masques, de bottes et de casques, nous fîmes le tour des bâtiments délabrés. Les dortoirs semblaient avoir été désertés à la hâte. Un poussette attendait encore patiemment dans une chambre et les lits étaient défaits. La boucherie était étonnement immaculée et le garage suintait l'huile souillée. Soudain, un TOC TOC TOC incessant venant d'un des bâtiments nous surpris. Nous nous rapprochâmes sur la pointe des pieds, curieux et apeurés de découvrir ce qui pouvait bien s'y cacher. Arrivé tout près des murs, un oiseau sortit d'un trou et s'envola. Nous éclatâmes de rire pour nous libérer de l'anxiété causée par la situation!
Après une quelques heures de sommeil en pleine Taïga sauvage, nous amorçâmes notre
périple vers Caniapiscau (kilomètre 666). Nous primes le temps de nous arrêter à la grandiose Centrale Brisay. Le sentier éducatif est très intéressant et la vue de l'évacuateur de crues est saisissante. À partir du kilomètre 600, le chemin devint très raboteux et parsemé de grosses roches plates, dangereuses pour les crevaisons. Aux alentours du kilomètre 620, nous prîmes la difficile décision de rebrousser chemin et de ne jamais voir le bout de la Transtaïga.
Ce qui devait arriver arriva... Le lendemain matin, à tout juste 200 km de la Route Billy-Diamond, une roche décida d'éventrer notre pneu arrière droit. Pas de problème ! Nous avions, cette fois-ci, amené une roue de secours. Dominique en fit l'installation en quelques minutes. 100 pieds plus loin, une deuxième crevaison survint... dans le flanc... sans possibilité de réparation... Une aimable famille arrêta pour nous aider et nous prêter leur téléphone satellite grâce auquel nous appelâmes la CAA. 4 heures passèrent avant que le remorqueur fasse son apparition et 4 heures passèrent avant qu'il nous dépose au camping de Radisson.
Nous sommes restés 5 jours à cet endroit, sans voiture pour nous déplacer. Heureusement, nous côtoyames une famille de renard très curieuse ainsi qu'un jeune écureuil roux qui sembla adorer mes arachides.

Grâce au service extraordinaire d'un ex-directeur de service plus que compétent, nous avons reçu nos pneus neufs par autobus et nous avons pu reprendre la route sans soucis. Après un arrêt au dépotoir de Radisson pour épier quelques ours noirs et l'atterrissage surprise d'un engoulevent d'Amérique juste à côté de nous, nous prîmes le chemin de la maison.

Encore une fois, des vacances ponctuées de péripéties et de rencontres merveilleuses.
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